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La fabrication d'un pull mohair

Pourquoi le Mohair ?

La laine Mohair est une ressource naturelle renouvelable qui possède de nombreuses qualités.
Incroyablement brillant, le mohair absorbe très bien la teinture et rend toujours les couleurs très éclatantes.

Grâce à ses excellentes propriétés isolantes le mohair tient chaud en hiver. En été, en raison de ses propriétés d’évacuation de l’humidité, il reste agréable à porter car le corps respire dans un pull en mohair (surtout si sa composition est vraiment naturelle).

La fibre de mohair est longue par rapport aux autres qualités de laine ; c’est ce qui permet de faire ces pulls subtilement poilus, féminins et douillets que j’aime tant !

D'où vient le mohair ?

Le mohair est le nom que l’on donne à la toison de la chèvre angora.

Elle est originaire des hauts plateaux d’Anatolie en Turquie, dans la région d’Ankara.

C’est une chèvre de petite taille, très rustique, bien adaptée aux régions arides. Sa robe est entièrement blanche aux mèches longues, soyeuses et lustrées.

Aujourd’hui, l’Afrique du Sud est le plus grand producteur de mohair au monde (environ 50% de la production mondiale) suivi des États-Unis (au Texas), de l’Argentine et de la Turquie. On trouve aussi une centaine d’éleveurs en France.

La recherche du mohair de haute qualité

Dans ma quête de sens, j’ai scruté toute la filière MOHAIR, afin de trouver des élevages éthiques et pouvoir m’assurer que l’animal était bien traité.

J’ai eu la chance de faire de très belles rencontres, notamment celle d’Audrey et Mathieu, les propriétaires de la ferme Mohair aux 4 vents. 

En parallèle, lors de salons, j’ai rencontré les intervenants de la filière Sud Africaine et trouvé des fibres d’une qualité vraiment incroyable, qui une fois tricotées, assuraient une grande durabilité aux pulls.

Je vous livre ici mon expérience des deux sources d’approvisionnement en laine mohair :

La France

Le Mohair aux 4 vents est une ferme française près de Sarlat tenue par Audrey et son frère Mathieu. Ici, les chèvres sont soignées et bichonnées tout au long de l’année.

La tonte est faite par Mathieu 2 à 3 fois par an. Je suis admirative du travail d’Audrey qui se charge elle-même de transformer son mohair en fil chez un laveur et un filateur italiens. Les fibres du Mohair aux 4 vents sont d’une grande qualité, cependant les poils des chèvres de Mathieu sont si longues que l’usine italienne avec laquelle je travaille a dû persévérer pour aboutir aux bons réglages. Nous avons réussi à mettre au point un beau gilet doux et intemporel (Référence Margot). Nous proposons aussi 2 modèles à tricoter (Love et Confetti) dans ce beau mohair. Pelotes + Patron en vente sur notre site.

D’autres fermes mohair regroupées sous le label Mohair des fermes de France proposent aussi un très beau mohair Français.

L'Afrique du Sud

Il y a environ 800 fermes en Afrique du Sud. Les chèvres sont élevées en plein air. La majorité des éleveurs sud-africains vendent leurs toisons à 2 groupes qui les trient par qualité et transforment le mohair en mèches dégrossies. Ils les vendent ensuite aux filateurs du monde entier.

Lorsque l’on achète un ruban de mohair sud-africain, il est possible de savoir de quelles fermes proviennent les fibres exactement mais on ne peut pas être lié de manière étroite à une ferme en particulier car le processus de lavage et de cardage est fait à grande échelle et nécessite de regrouper les quantités de nombreuses fermes.

Le film de la PETA a dénoncé des pratiques inacceptables dans certains élevages et même s’il est controversé, ce film a eu le mérite de faire avancer les choses. Je me suis alors renseignée sur les pratiques, normes et les réglementations concernant la filière de mohair sud-africaine.

Une nouvelle certification pour le
mohair depuis début 2020 : RMS

MSA Mohair South Africa

est une organisation Sud Africaine active et engagée dans la promotion et le développement d’une industrie éthique, durable et reconnue.

Cette organisation a travaillé d’arrache pied avec Textile Exchange pour parvenir à un standard de mohair responsable.

Toutes les exploitations ont été auditées et une accréditation par une tierce partie assure une filière d’approvisionnement durable et éthique.

Textile Exchange

est une organisation mondiale à but non lucratif qui a pour objectif de réduire les impacts négatifs de l’industrie textile sur les ressources en eau, les sols, l’air, les animaux et la population humaine.

Textile Exchange a mis en place différentes certifications sur le cuir, le coton mais aussi la laine (RWS Responsible Wool Standard).

Elle a publié récement la publication de sa nouvelle norme, mise au point en collaboration avec MSA, le Responsible Mohair Standard : RMS.

RMS Responsible Mohair Standard

Cette certification a été mise au point avec la participation d’agriculteurs, d’experts du bien-être animal, d’experts de la conservation des terres, de marques et de détaillants du monde entier.

Les objectifs de cette norme sont de fournir à l’industrie un outil lui permettant de reconnaître les meilleures pratiques et d’établir des règles concernant la gestion des terres et le traitement des animaux.

La nouvelle norme trace et identifie le mohair et permet de s’assurer qu’il provient de fermes ayant des systèmes d’ élevage respectueux du bien être animal et de l’environnement.

Mes choix

Aujourd’hui, j’utilise le mohair Français pour mon modèle gilet Margot et pour le kit du modèle Love et Confetti. J’ai espoir de pouvoir proposer bientôt le modèle Love en produit fini tricoté main. A suivre ! 

J’utilise également le mohair sud-africain d’une très haute qualité, travaillé par un filateur Italien exigeant et qui assure une durabilité du produit fini. Les normes sont rassurantes concernant cette filière sud-africaine.

Je suis toutefois consciente de la distance d’approvisionnement de cette matière. C’est pourquoi j’ai suivi de près la création de la norme RMS qui a vu le jour début 2020 au tout début de ma marque. Cette certification est récente et mon objectif était de pouvoir utiliser des fibres certifiées pour mes productions à partir de l’hiver 2021-22. C’est chose faite ! Mon filateur a commandé les premières certifiées en début d’année 2021. Il a  obtenu la certification RMS pour sa filature en juillet 2021 et son teinturier (qui est par ailleurs certifiée Oeko tex) l’a obtenue en octobre 2021 . Sous réserve de disponibilité des fibres, à l’avenir, je compte toujours tricoter un fil certifié RMS pour les pulls que je propose en produit fini. 

Quelques liens pour aller plus loin :

Filer

Avant de filer la laine, les poils sont lavés, cardés, et peignés, ces trois étapes permettent de passer des poils bruts à une mèche de mohair « dégrossie », propre et constituée de fibres homogènes et ordonnées.

Contrairement aux fibres synthétiques , les fibres de mohair proviennent d’une matière vivante. Elles ne sont donc jamais homogènes d’un lot à l’autre et sont sensibles à l’humidité, à la température et même au vent ! Leur filature est donc beaucoup plus complexe.

Le filateur va transformer la mèche dégrossie en ruban d’une certaine taille et d’une certaine composition. Ce ruban va être filé de différentes façons selon le fil souhaité. Pour mon fil mohair, ce ruban va être mélangé à un fil « composant » : un fil non pas en polyamide comme il est d’usage mais en soie très fine. Les tensions sont réglées afin que le fil de mohair soit plus long que le fil de soie. Le mohair forme alors une petite boucle qui va être maintenue par un troisième fil composant. Ensuite une machine vient gratter la boucle de mohair et libérer le poil. 

Ce processus est un processus industriel consommateur d’énergie. J’ai choisi de travailler uniquement avec une filature de qualité et très engagée depuis longtemps dans une démarche environnementale sincère. Sa chaine de production est alimentée à 100% par des énergies renouvelables. Elle est certifiée RMS,  Oeko-Tex standard 100, ZDHC (Zero rejet de produits chimiques dangereux). En savoir plus ICI et  ICI.

Teindre

Bien que la teinture soit très réglementée en Europe notamment par la norme REACH qui exclut certains produits chimiques, la fabrication des pigments (indispensable aux couleurs) reste aujourd’hui un processus chimique et polluant. Je n’ai trouvé aucun fil mohair teint avec des teintures végétales qui puissent être fabriqué industriellement (certainement parce que le mohair est très sensible au passage à l’eau et à la chaleur).

Pour l’instant, la solution pour éviter ce procédé serait de fabriquer des pulls écrus non teints, mais je n’ai pas voulu renoncer à la couleur.

Il y a des solutions pour l’avenir ! J’ai notamment rencontré l’équipe de la jeune entreprise Pili qui met au point une technologie permettant de fabriquer des pigments de teinture en faisant travailler des bactéries, qui, nourries d’une certaine manière, créent de la couleur. Ces pigments de teinture seraient utilisables par un teinturier industriel exactement comme un pigment chimique classique. Nul besoin de transformer toutes les teintureries !

En attendant que ce type d’innovation soit industrialisée et adoptée par les teinturiers, ma filature travaille avec une teinturerie qui adhère aux normes écologiques les plus strictes fixées par le standard 100 by Oeko-Tex qui protège la santé humaine  et l’environnement des risques chimiques.

Créer

Une forme, un tricotage, une couleur. La maille est un produit bien particulier. Je crée mes pulls à partir d’un petit bout de fil ! Je n’ai pas de méthode mais la couleur est mon moteur principal ! Elle est le point de départ de toutes mes idées.

C’est donc surtout en dessinant et en coloriant que je crée mes pulls. Ensuite, pour choisir parmi tous les dessins, j’essaie d’imaginer comment les porter, avec quel bas, quelles chaussures… Je me pose mille questions : Est ce que ce pull va nous rendre belles ? Est ce qu’il sera seyant ? Est ce qu’il transmettra quelque chose ? Est ce que je me sentirais bien dedans ? …et je garde mon/mes préférés !

Je chine régulièrement des pièces vintage un peu folles et, quand je reçois mes prototypes, avec mes filles, nous pouvons passer toute une après-midi à créer des looks !

Je m’attache beaucoup à la qualité du fil et à imaginer quel tricotage le rendra le plus beau possible. Je suis très focalisée sur le boulochage. Créer, ce n’est pas seulement la recherche d’un esthétique. C’est aussi la responsabilité de faire des pièces qui durent.

Tricoter

Au sein des usines de tricotage, les programmeurs programment les machines industrielles à partir des dessins et des indications donnés par la styliste. Je fournis le plus souvent un prototype tricoté à la main pour leur permettre de visualiser le produit fini et, dans l’usine italienne avec laquelle je travaille, la maman de Marzia crée un patronage qui les aide également à retranscrire la forme sur l’ordinateur. 

De la machine à tricoter, vont sortir différents panneaux : dos, devant et manches qu’il faut ensuite assembler. Lors du tricotage, il est important de mettre au point le serrage des machines afin d’obtenir des panneaux qui ne soient ni trop serrés ni trop lâches. Il est aussi important de surveiller sans cesse, contrôler la régularité de la maille, couper les noeuds, changer les bobines… 

Ensuite pour faire ressortir le poil aplati par le passage en machine, il faut laver les pulls en utilisant les bons adoucissants dans les bonnes proportions puis les sécher. Attention quelques secondes de trop et les pulls sont feutrés ! Marzia se base sur son expérience et son livre de recettes.

Le tricot main est bien sûr plus artisanal et bien plus lent que le tricot machine (minimum 2-3 jours pour un pull très simple). Selon la tricoteuse, il y a toujours une petite différence de rendu d’un pull à l’autre. Et pas besoin de lavage car les aiguilles à tricoter à la main n’aplatissent pas le poils du mohair qui reste bien gonflant.

 

Monter

L’assemblage des différents panneaux tricotés nécessite beaucoup de dextérité et de temps. Cette étape reste très manuelle.

La technique de remmaillage est un savoir-faire qui a presque disparu en France et en Italie. Elle consiste à remmailler maille par maille la finition encolure au corps du pull par exemple.

Une remmailleuse expérimentée passera 15 minutes sur un pull alors qu’une remmailleuse novice pourra mettre près d’une heure à faire le même travail. Dans toutes les usines que j’ai visitées en France et en Italie, l’ouvrière remmailleuse se fait de plus en plus rare. C’est assez difficile de former de nouvelles ouvrières car c’est un travail répétitif et pénible, notamment pour les yeux.

Comment faire sans remmaillage ? Les fabricants français ou italiens remplacent le remmaillage par une chainette qui ressemble à une couture réalisée dans le même fil que le pull.

Enfin, lorsque le pull est tricoté, assemblé, lavé et séché, le fabricant le stabilise par un repassage vapeur.